Christina Goh & Les Passeurs de Légendes, histoire d’une collaboration. L’interview croisée.

 Rien ne les prédestinait à travailler ensemble et pourtant Bénédicte Duhard, initiatrice de la troupe médiévale Les Passeurs de Légendes et Christina Goh, à l’origine du projet Ut Fortis, en sont à leur troisième collaboration audiovisuelle. Avant la diffusion du court-métrage « Fleur d’eau », le 10 septembre 2020, interview croisée de deux initiatrices de projets, passionnées par la force de l’imaginaire.

Christina Goh et Bénédicte Duhard sur le tournage de “Trouble code” 2018

Que préfèrez-vous de l’univers artistique l’une de l’autre ?

Christina : Les Passeurs de Légendes matérialisent l’imaginaire avec finesse et qualité. J’aime cette faculté qu’ils ont de nous transmettre le patrimoine avec respect mais aussi avec modernité et réalisme.

Bénédicte : La sensibilité poétique et l’univers artistique de Christina sont vastes comme le monde. J’aime toutes les fenêtres qu’elle ouvre qui nous enrichissent de nouvelles perspectives.

Pourquoi vouloir une collaboration à la base ?

Les Passeurs de Légendes de Touraine au Centre de l’Imaginaire Arthurien de Brocéliande par S. Soury-Poussard

Christina : Quand j’ai contacté Bénédicte, c’était pour la préparation du court-métrage conceptuel «Le ménestrel ». J’étais consciente que peu aurait accepté de collaborer avec mon univers particulier, mais je cherchais l’introuvable avec espoir : des artistes relevant d’une authenticité audacieuse et ancrés profondément dans leur patrimoine, sans complexes. Une authenticité solide qui n’aurait nulle peur d’aller à la rencontre de l’autre. Et je voulais que le spectateur mélomane soit témoin du processus de cette fusion improbable, complexe mais sincère.

Christina Goh sur scène pour “Hors format – Oversize” par A. Achi – Festival International 100 Tambours

Bénédicte : C’est Christina qui a trouvé les Passeurs de Légendes. J’ai immédiatement adoré son idée. Une telle collaboration, compte-tenu de nos deux univers a priori très différents, pouvait sembler incongrue. Mais Christina est une poétesse, une troubadouresse, et nos univers se rejoignent finalement par les mots et les symboles. Les images qui en naissent s’accordent avec sa musique. C’est assez magique !

Chaque collaboration est unique.
Cette troisième réalisation est forcément différente…

Quel était le risque ?

Christina : Une collaboration du sens basé sur le respect de nos univers respectifs. Il n’y avait pas de risque, juste le souci de faire de notre mieux.

Bénédicte : Je n’ai pas pensé aux risques. L’aventure était belle donc à tenter.

Cette troisième réalisation dans un contexte particulier (celui de Ut Fortis pour la prévention du suicide) est-elle différente ?

Marceline Desbordes-Valmore (1786 – 1859)

Christina : Un art au service d’une cause. L’occasion d’aller plus en profondeur dans l’analyse d’une intériorité humaine sans aucune barrière. Chaque collaboration est unique. Cette troisième réalisation est forcément différente, axée sur le si beau poème (1) de Desbordes-Valmore, mais il faudra voir le court-métrage pour comprendre.

Bénédicte : Tu as tout dit, Christina. Les Passeurs de Légendes racontent des histoires en faisant passer certains messages. Cette fois l’engagement est très fort. Et puis nous rendons hommage à Marceline Desbordes-Valmore, et cela compte aussi.

C’est quoi pour vous la prévention du suicide au quotidien ?

Christina : La prévention au quotidien se résume en un mot : communication. C’est quand il n’y en a pas ou quand elle cesse, sans équilibre, que les problèmes commencent. Et je parle par expérience. L’isolement nous rend fragile lorsque survient toute crise. La crise suicidaire ne fait pas exception.

Bénédicte : Rappeler à travers les histoires que nous racontons, qu’il y a toujours une lumière au fin fond des ténèbres. Comme la Servante (2) au théâtre.

Références
(1) Le poème “Fleur d’eau” de Marceline Desbordes-Valmore
(2) Une servante (ghost lamp) est un accessoire de théâtre, une lampe posée sur un haut pied. “Régulière, permanente, cette veilleuse reste allumée quand le théâtre est vide : elle rassure dans le noir et symbolise l’âme du théâtre qui ne meurt jamais.
(Source comedie-francaise.fr)

Propos recueillis auprès de Christina Goh et Bénédicte Duhard en août 2020.
“Fleur d’eau” (Ut Fortis Cast Recording), le court-métrage musical, diffusé en ligne le 10 septembre 2020.

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